Je pétillais d'impatience, l'appétence me chatouillait tout le corps. j'avais envie de sautiller, de chanter et de danser en même temps. Je souriais intérieurement et ma bouche le savait bien.
J'allais à Lille pour la journée. Non pas en déplacement professionnel, non pas. J'y allais pour le plaisir. J'étais contente comme une gosse qui part en vacances et qui rêve à l'avance de jeux et de plaisir. Le contentement était tel que le retard annoncé du TGV avait glissé sans accrocher ma joie. Voilà, le train était parti. La banlieue défilait sous mes yeux, tantôt bétonnée, tantôt embourgeoisée, tantôt taguée, tantôt boisée... Et puis, rapidement le plat est apparu, un plat blanc tirant vers le gris. Le plat de la plaine avec pour seuls arbres, les poteaux électriques alignés. Le plat de la plaine... Je pensais au plat de la peine et je voyais une peine longue sans fin, sans volume, sans hauteur, sans texture, mais plate. J'aimais cette image qui me venait en regardant le paysage et je me disais que justement je n'étais pas en peine, j'allais à Lille. J'aime cette ville et surtout j'y retrouvai mon amie Martine. Une fois l'an, c'est notre rendez-vous. Nous lâchons les contraintes de toutes sortes et nous nous retrouvons pour une journée de confidences, de partage, de bonheur, de joie, d'interrogations et de vies échangées. C'est un moment fort car nous nous connaissons depuis bientôt trente ans. Nous avons toujours été éloignées géographiquement parlant, mais ce rituel de retrouvailles a scellé notre amitié, notre respect. La jeune fille à côté de moi est plongée dans le journal Books. Elle dévore un article "Le mage de Cambridge" en épluchant méticuleusement un litchi. Elle s'est amusée au départ du train suite à l'annonce du retard dû "à des conditions météorologiques exceptionnelles" en disant, qu'après tout c'était normal pour un 21 décembre d'avoir du froid et de la neige. Nous avions échangé un regard amusé. Le TGV prenait de la vitesse, la plaine se dépliait et je pensais au tableau La pie de Monet. Le ciel épousait la plaine, tout était blanc et gris à la fois. Et j'avais le cœur léger, rose, pétillant, espiègle. Lille approchait. Parenthèse du temps pour deux amies. Nous étions fidèles à notre rendez-vous et je me disais en remontant le quai que c'était cela l'amitié : le respect, la fidélité, le silence aussi, voire l'absence pour mieux se retrouver. Dans le regard de l'autre, nous nous accueillions. Je me découvrais dans ses yeux comme si je ne m'étais pas vue depuis longtemps. Le temps marquait nos visages, nos corps, mais nous nous regardions comme si c'était nous mêmes que nous retrouvions à Lille. Alors aujourd'hui, toute à ma joie de retrouver mon amie, je savais que j'allais me retrouver aussi un peu.

13 commentaires:
Exact ! Se retrouver dans un regard ami... Très beau texte !
J'ai de la lecture en retard à ce que je vois ! Il me faudra revenir donc ! Mais à présent le temps glisse jusqu'aux Fêtes si vite, si vite !... Je te souhaite de très belles fêtes de fin d'année.
A très bientôt.
Comme tes mots sont justes. Comme ils résonnent sur la peau tambour de mon coeur ! C'est moi qui suis dans le train en route vers l'amitié , je m'y vois ... sourire ...
Tu sais faire naitre l'ambiance et les sensations avec tes mots, c'est un régal !
Je viens de laisser en commentaire à une amie "qu'il est si doux d'avoir des amis ... pour tendre la main, pour ouvrir le coeur, pour faire briller les yeux ..." alors je suis touchée quand je te lis " Dans le regard de l'autre, nous nous accueillions. Je me découvrais dans ses yeux comme si je ne m'étais pas vue depuis longtemps" ... c'est si vrai !
Je te souhaite une belle journée
et encore tant de bonheurs à partager :)
Nous nous voyons vieillir dans le regard des autres, leurs visages est un miroir impitoyable.
Bonjour
Mon entrée en matière n'est pas très polie, mais...
Je trouverais vos textes plus lisibles si vous faisiez des paragraphes.
(sinon, je trouve jolie l'harmonie colorée de ce blog, les illustrations...)
@Lakevio : quand le temps glisse, il est urgent de s'accrocher à la cheminée, avec un bouquin (option) et quelques chocolats (indispensables !)... belles fêtes à toi aussi !
@Hespérie : Tant de bonheurs à partager, c'est ce que je te souhaite Hespérie pour ces fêtes !
@Gérard : Miroir, mon beau miroir, dis-moi si je suis aimable ! Joyeux Préparatifs Gérard !
@Suzanne : La porte était ouverte, vous pouviez entrer... Par contre, pour le ménage, je verrai plus tard ! Des fêtes pleines de bulles pétillantes pour vous !
tu as un bel talent pour écrire, j'aime beaucoup, c'est de la vie à lire,
et oui ah que oui, l amitié vraie, elle parle peu, elle se voit peu, mais elle est Là, tant!
Annick
J'ai retenu la même phrase qu'Hespérie et lakevio: que serions nous sans le regard aimant de l'autre ?
Merci l'autreje !!!
Joyeux et Bon Noël !
A plus tard !
Merci Annick, merci Fifi ! Joyeux préparatifs pour un Noël d'amour, d'amitié et de fraternité !
un très beau texte ,L'autreje ,plein d'émotion et de vérité , MERCI
on est peu de chose sans l'autre
très belles fêtes à toi
Belles fêtes à toi aussi Catherine, avec peut-être l'occasion de belles photos...
Bien-sûr aimable.....fêtes au mieux !!!!!
C'est joli une plume qui glisse avec l'alégresse du talent.
Je saisis mon passage de ce jour pour vous souhaiter de joyeuses fêtes ainsi qu'à tous ceux qui rendront visite a votre riche et intéressant blog.
Armando
[Puis, permettez-moi un sourire quand a l'intéressant conseil de Suzanne. J eme souviens qu'on avait conseillé à Saramago de surveiller son manque de ponctuation. Il est devenu Nobel de Litérature. Vous m'inviterais à Stockholm quand ce sera votre tour?... J'ai toujours voulu visite rcette ville]
De tout cœur et à vous les jolis papillons de mon blog, je vous souhaite un très agréable Noël dans la joie, la douceur, l'amour, l'amitié...
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