Novembre se glisse, une fois encore Décembre ne lui fera pas de cadeau.
Novembre se glisse, les dernières feuilles sont au supplice.
L'épagneul noir fait courir sa maîtresse, il lui a attaché sa laisse autour de la taille. Elle arrête le chrono quand il décide d'une pause olfactive.
Un joggeur habitué me croise et demande les bras grands ouverts : Mais, il est où le soleil ?
Les jumelles, deux vielles dames bonnet et chapeau rouge tricotés de grosses mailles, attendent le feu rouge au passage piéton.
Les nuages font la course, en vain, où est la fin ?
Novembre se glisse sur ma peau en grains de pluie.
Novembre se glisse ce soir pour sa dernière nuit.
Je choisis le jeu que me propose mon autre je dans cet espace de création ou de ré-création...
lundi 30 novembre 2009
dimanche 29 novembre 2009
Mes doigts dans la mousse
J'ai posé doucement mes doigts sur la mousse gorgée par la nuit, j'ai gouté les perles d'eau, puis les mains sur le visage, je me suis lavée comme la première fois. Mes doigts dans la mousse, j'ai fermé les yeux pour mieux toucher et prendre la douceur de sa peau de petits pétales vert tendre. J'ai marché dans le bois, les arbres aux branches gonflées par le vent ouvraient leurs bras larges et généreux vers le ciel. Les branches chantaient de cette toute nouvelle nudité et allaient fièrement dressées entre les vents. J'ai marché dans le bois en sentant encore mes doigts dans la mousse, j'ai touché et caressé l'écorce d'un chêne où des faucheurs s'étaient glissés dans les plis de sa peau, puis je suis allée saluer le châtaignier, sa peau aux mille chemins sous mes doigts, enfin l'acacia m'a appelé, je n'ai pas résisté, son écorce épaisse recouverte de mousse était rugueuse au premier contact puis douce et offerte après reconnaissance. Mes doigts dans la mousse j'ai pensé combien j'étais légère. Mes doigts dans la mousse, j'ai pensé combien la nature était généreuse. Mes doigts dans la mousse, j'ai pensé combien la nature était, tout simplement.
vendredi 27 novembre 2009
Permis de construire, suite
En attendant mon "éolienne-phare" (Voir Permis de construire du 11 novembre), j'ai décidé d'emménager dans une tour, histoire de m'habituer à l'altitude puisque mon vertige se manifeste dès que je grimpe sur un tabouret ! Cela ne me laisse pas beaucoup de latitude... Mais bon, je ne me décourage pas pour un tabouret !
Dans ma tour et, à tous les étages, des fenêtres rondes laissent passer une lumière chaude et douce. Sur le côté, des plantes grimpantes serpentent la tour jusqu'à son sommet. C'est idéal pour les enfants, ils s'amusent dès le matin en partant à l'école ou le soir en rentrant chez eux. Je ne fais pas un déménagement complet, j'amène juste avec moi, mon étoile, très important d'avoir toujours avec soi sa bonne étoile, mon cœur, tous les deux on ne se sépare jamais sauf cas de force majeur (le plus tard sera le mieux !), un poisson "comme un poisson dans l'eau" et un bouton, on ne sait jamais, cela peut toujours servir !
jeudi 26 novembre 2009
Epidémie
L'épidémie est à la mode, alors je plonge !
Je lance l'épidémie d'amour.
Je lance l'épidémie d'amour.
Je commence par un regard doux tendre accueillant, simplement là. Mon regard se pose sur ces roses. Elles me répondent par leur couleur intense, leur parfum capiteux. L'épidémie se propage ! Je sors, le ciel immense est maintenant zébré d'argent et je marche sous une pluie d'abondance. Il ne pleut pas, mais je reçois l'abondance à chacun de mes pas, les feuilles tourbillonnent en pétales d'or et c'est une pensée de joie et de douceur. Je rêve d'une épidémie d'amour où chacun changerait son regard pour découvrir le beau, l'inattendu même dans le simple, l'ordinaire, le quotidien.
Parce que le quotidien cache en lui le plus juste, il est.
Parce que le quotidien cache en lui le plus juste, il est.
Je ne veux pas de vaccin, mon cœur se gonfle d'amour avec cette épidémie. Je veux ressentir et vibrer dans la contagion ! Ma fièvre monte, tout cela est bien normal, mais je ne veux pas rester enfermer, mon cœur déborde, il faut que je sorte, dire combien il est bon d'être contaminé par cette épidémie, dire combien il est bon d'être vivant, dire combien la vie est vivante !
mercredi 25 novembre 2009
De sa souffrance
De sa souffrance, elle connaît tout. Déjà son pas, elle le reconnaît, bien avant qu'il pénètre la pièce. Le pas d'un parent proche, si proche qu'il a toujours été là, et cette moiteur qui enserre les mains, les bras et la poitrine à couper le souffle, pas le souffle du courir, non le souffle du vivre, du respirer. De sa souffrance, elle connaît tout, les picotements dans le ventre se transformant peu à peu en étreinte dans un étau ,vous mettant les viscères à l'asphyxie, le ventre dur, ayant avalé mille pierres et mille orties. De sa souffrance, elle connaît tout. Le parfum de l'angoisse jusqu'à la nausée, l'absence, le vide, la solitude, le goût de la folie, les pensées de désespoirs qui la laissent le pas hébété, le geste automatique, le corps isolé, l'âme dispersée, le cœur disséqué... Au fil des années, c'est vivre sa souffrance comme seule destinée comme seul horizon possible, car tout est souffrance.
De sa souffrance, elle connaît tout. Elle sait même l'appeler, quand le vide est là, ou quand un autre souffle vient caresser son visage, car elle a peur. Alors elle appelle sa souffrance si chère, si connue, si prévisible, car au moins sa souffrance elle la connaît, le reste elle ne sait pas, n'a jamais gouté. De sa souffrance, elle connaît tout. Les pourquoi, les comment, les explications, tout ça elle a compris, analysé, classé, archivé. Mais son corps est resté écartelé, depuis tant d'années, elle ne sait pas comment lui expliquer que maintenant tout va bien, il ne craint plus rien.
Alors elle guette le ciel, recolle peu à peu les morceaux calmement, lentement, très lentement. Tout est à construire. De sa souffrance, elle connaît tout. Aujourd'hui, elle sait s'en approcher doucement, au dessus du précipice, elle sait la regarder, la toucher, la sentir pour mieux apprécier le chemin parcouru, le chemin de la réparation. Elle reste là, instant suspendu, elle voit son cadeau, sa guérison offerte. Et elle remercie d'avoir pu vivre si longtemps pour être cet instant de paix et de sérénité.
Le temps n'a plus d'importance, après tant d'errance
Elle regarde sa souffrance
Peu à peu cicatrice
Devenir salvatrice.
mardi 24 novembre 2009
lundi 23 novembre 2009
Ce matin
Ce matin
Au vent tourbillonnant
L'amour en bandoulière
Je pars semer la terre entière
C'est sur mon chemin
Je ne peux pas faire fausse route
Je pars sans aucun doute
Moi, l'amour et mes mains
Ce matin
Au vent triomphant
Les feuilles s'emballent
S'envolant pour leur dernier bal
Ce matin
Au vent caressant
J'offre ma peau
J'aimerais qu'il traverse au dedans
Ce matin
Au vent suppliant
Mes pas dans les feuilles
J'entends ma souffrance d'antan
Ce matin
Au vent promettant
Je cherche le ciel
Et j'attends
dimanche 22 novembre 2009
Vivement l'hiver !
samedi 21 novembre 2009
Je vous aurai prévenu !
A force de dire que je vais le matin en vélo jusqu'au parc, je vais finir par faire des envieux ! C'est vrai que j'attache mon vélo et qu'ensuite je vais me promener à pied dans le bois... mais pas tous les jours, enfin suffisamment de fois pour être repérée, surtout depuis le temps ! J'ai une copine qui vient de se faire piquer son vélo ! Alors je tiens à dire tout de suite : je suis une personne très connue, j'ai des relations haut placées ! Si jamais on me pique mon vélo, je ferai intervenir mon réseau et cela ne se passera pas comme ça ! J'ai les moyens de faire pression : j'ai les média avec moi, mes entrées à l'Élysée, à Matignon, au Panthéon, à Califourchon, Poil au menton ! Je vous aurai prévenu !
vendredi 20 novembre 2009
Instant de grâce
Ce matin dans le train plein bondé de gens pressés, stressés, partant travailler, assise avec trois femmes, la première à ma droite est plongée dans "La nuit de Geronimo" p283, la mèche blonde du savant coiffé décoiffé. En face de moi, l'étudiante chevelure noire, pull écharpe manteaux pantalon, noir également, seul le sac Eastpack est couleur, il a dû être prune il y a longtemps. La jeune fille surfe sur son portable avec une dextérité hallucinante. La troisième femme sort du dernier magazine de mode, élégante jusqu'au bout des ongles, la main gauche prolongée par un I-Pod et la main droite par un blackberry rutilant, elle jongle entre les deux. Le wagon est plein dès Argenteuil, heure de pointe oblige, brassage des genres, brassages des âges. Le train se traîne, les passagers manifestent leur exaspération, certains d'un regard entendu comme les costumes cravates savent le faire, "il faut montrer que nous sommes pressés et indispensables", d'autres en soupirant suffisamment fort pour que celui voulant entendre, comprenne. Les téléphones sonnent, vibrent, envoient et réceptionnent, les écouteurs ne s'écoutent même plus sinon, ils baisseraient le son. C'est au pas que nous arrivons à Colombes, le quai est chargé, les gens cherchent à monter. Une femme monte avec une petite fille d'environ 3 ans, elle porte un deuxième enfant ou plutôt un bébé contre sa poitrine. Je regarde la scène de loin. On lui laisse la place, elle s'installe sur le strapontin du côté tandis que sa petite fille monte sur le siège juste en dessous de l'escalier menant au deuxième niveau. La petite fille parle et décrit ce qu'elle voit. Cette petite voix d'enfant est un chant de pinson dans ce train bondé. La maman lui répond tout doucement et elle parle aussi à son bébé. Elle le dégage un peu des ses vêtements. Il est tout éveillé, elle lui parle à voix basse et le spectacle est un ravissement, le bébé de quelques jours ouvre grands ses yeux bleus foncés de bébé et il ouvre la bouche, il boit les paroles de sa mère, la respire, l'attend, tout tendu d'innocence et de besoin. Le train se traîne toujours, mais Asnières est enfin passé. L'exaspération s'est transformée, les portables se sont fait silencieux. On n'entend plus que cette petite fille et on ne voit plus que ce spectacle du bébé avec sa maman. Ils sont seuls au monde, je regarde mes voisins regardant ce joli tableau, des sourires attendris se dessinent, le silence est là, le temps est suspendu entre ces deux êtres le bébé dans sa toute fragilité et la maman toute attentionnée. Saint-Lazare peut bien arriver.
jeudi 19 novembre 2009
Le clown
Le clown ne riait plus. Il n'avait plus le cœur à l'ouvrage. Cela faisait des années qu'il faisait rire quatre soirs par semaine sans compter les après-midis et là il avait beau se forcer, se repasser les vidéos de ses meilleurs gags, il n'était plus convaincu par son propre jeu. Il ne se faisait même plus rire ! Il avait l'impression que sa gorge allait éclater. Coincée dans son col, elle avait stockée sanglots, colère, amertume tristesse depuis des années. Sa gorge, s'il la laissait faire, était capable de déverser des torrents de larmes en gémissant et en hoquetant. Il le savait, ne savait plus comment faire et avait peur. Il avait dit au patron "J'tiens plus, j'en peux plus ! Je veux changer de rôle" "Mais, t'as le plus beau des rôles ! Tu fais rire tout le monde !" Sa bouche s'était figée. Non, ce soir, il ne pouvait plus faire comme avant. Il avait décidé d'être lui, avant d'être clown. Alors, il se prépara lentement, mit les couleurs sur le visage, les paillettes dans les cheveux, s'habilla. Puis il attendit son tour. Il entra sur scène, se mit au milieu, ne bougea plus. Les gens applaudirent d'abord par habitude, politesse, puis entrain ou enthousiasme. Mais comme il ne bougeait toujours pas, le silence se fit : attentif, puis respectueux, et enfin gêné, voire angoissé. Le clown se racla la gorge, dégrafa ce col qui l'étouffait et il prit une grande inspiration. Le public était suspendu à ce souffle. Il n'osa pas expirer, tout était coincé à l'intérieur. Alors, il souffla un petit filet d'air léger comme le premier battement d'aile d'un oisillon. Puis son expire devint plus fort, plus bruyant, tout son corps secoué par ce souffle venu des entrailles. Le silence dans la salle était de marbre. Les larmes coulèrent sur le maquillage. Cela devenait une rivière fauve avec tout ce rouge peint. Il chercha un mouchoir dans ses poches, tira un bout de tissu de sa poche droite, fut surpris que le morceau fût si grand. Il tira, tira encore pendant que les gens riaient, riaient de plus belle. Il ne comprenait pas. Il pleurait. ils riaient et ce tissu qui n'en finissait pas ! Sa jambe se dénuda. Il comprit. Il tirait la doublure cousue au bas du pantalon et celui-ci remontait et passait par la poche. Alors il improvisa un numéro avec ce tissu, cette jambe nue et ces larmes rouges. Les gens riaient à gorge déployée. Ce fut un très bon numéro ! Il pleura ce soir là, tout ce qu'il avait en lui depuis longtemps, tellement longtemps qu'il ne savait plus depuis quand. Il se vidait de son chagrin, enfin. Il était libre.
mercredi 18 novembre 2009
Toute ressemblance... suite
Il avait commencé sa journée de bonne heure comme d'habitude, comme un automate. Il ne savait plus se reposer. Même le week-end, il fallait qu'il se lève tôt pour être le premier. Il ne pouvait pas faire autrement, ne devait pas faillir. Il devait faire son travail, il était fier comme un coq. Il avait mis son beau costume, celui aux reflets anthracite, une cravate rouge pour l'énergie, la force et aussi accrocher le regard des jeunes qui commençaient à guetter son premier faux-pas. Mais il était encore le patron, en avait encore sous le pied, était près à en débattre avec le premier trou-du-cul, tout frais Masterisé qu'il était. Lui, il s'était fait tout seul, année après année, il avait monté les échelons un à un pour en arriver là : être le chef ! Mais, il ne savait pas combien de temps il pourrait tenir encore ainsi. En tout cas, il ne voulait pas finir coq en pâte comme son collègue parti se planquer dans une filiale. Il souhaitait une fin de carrière glorieuse pour que chacun se souvint de lui, une fin genre sacrifice, genre coq au vin !
Tests
Ne m'enfermez pas dans votre grille en disant : Lautreje est comme ci, Lautreje est comme ça, ou On ne comprend pas toujours ce qu'elle raconte. Ne m'enfermez pas vous dis-je. Je suis inclassable. J'ai fait tous les tests : personnalité, orientation, communication, logique, psychologique, QI et QE et j'en passe. Il faut se rendre à l'évidence, je suis inclassable. J'ai beau additionner les triangles, les ronds et les étoiles, cela ne marche jamais. Je ne me reconnais pas dans les résultats, synthèses, et autres conclusions. J'ai pas le profil qui colle à la demande ! Je me fais une raison en étant surtout, déraisonnable. Mon constat est, que je ne peux pas être dans un carré de la grille puisque je suis la grille toute entière ! Je suis toutes les possibilités à la fois ! Et encore, je trouve que cette grille pourrait un peu s'élargir, s'étoffer, se développer, car parfois je me sens un peu à l'étroit. Je suis bien plus que la grille, comme vous ... N'est-ce pas ?
mardi 17 novembre 2009
Les Vosges
Et nos cris dans la forêt au jeu de faire tomber l'arbre mort, et nos cabanes de fougères géantes qui nous laissaient les bras en rougeurs, et nos cueillettes de brimbelles sur le flanc de la montagne nourricière qui ouvre son chemin avec les digitales majestueuses, et les jonquilles à profusion donnant son reflet bouton d'or à la plaine, et le Saint-Mont narguant du haut de Saint-Etienne, première étape du périple sur Sainte-Sabine chapelle accrochée à la montagne imprenable l'hiver, nous mettant les genoux à terre le 29 du mois d'août, annonçant la fin du temps d'insouciance, et tout encore, et encore, jusqu'à la Moselle, irriguant mes veines à jamais de cette joie du bain de la liberté...
Amourose
Madame la rose
Est amourose
Rose tendre
Bouton de rose
S'il ose
La tendre pause
Se laisser prendre
A la juste cause
Instant fragile
Gracile don
De l'abandon.
Madame la rose
Est amourose.
Est amourose
Rose tendre
Bouton de rose
S'il ose
La tendre pause
Se laisser prendre
A la juste cause
Instant fragile
Gracile don
De l'abandon.
Madame la rose
Est amourose.
La fille du vent
Grains de rêves
Publicité reçue pour cartes de vœux
Miniatures à profusion
Idée de découper
Regarder, hésiter puis choisir
Amusement dans le positionnement
Feuille cartonnée attendant le pastel
La violette rencontrant la grany
Coller la première
Choisir les suivantes
S'envoler vers le haut
Terminer par les mains offertes
Et les cailloux grains de rêves...
Miniatures à profusion
Idée de découper
Regarder, hésiter puis choisir
Amusement dans le positionnement
Feuille cartonnée attendant le pastel
La violette rencontrant la grany
Coller la première
Choisir les suivantes
S'envoler vers le haut
Terminer par les mains offertes
Et les cailloux grains de rêves...
Ne comptez pas sur moi !
Il y a une dizaine de jours, j'ai trouvé un petit couteau sur le bord de la route . J'étais en vélo, je me suis arrêtée, l'ai ramassé. Il était doux au toucher. J'avais de la peine pour celui qui l'avait perdu. C'était un homme forcément, un bricoleur, un habile de ses mains. Le couteau vieux, s'était fait à la main rugueuse de l'homme. Décidément, j'avais de la peine, car perdre un objet cher, attriste toujours. Et puis avant-hier en marchant sur le trottoir, je trouve une petite paire de ciseaux, joliment fine, joliment brillante. Je ramasse l'objet froid et humide, la pointe est protégée par un capuchon usé d'avoir été tant manipulé. Je ne suis pas une spécialiste des ciseaux, je ne sais quel usage la dame en faisait. Car, sans aucun doute, il appartenait à une femme, des ciseaux aux anneaux si fins ne laissent pas passer les doigts de l'homme. De même, j'étais chagrinée pour la personne qui avait perdu cet objet familier. Et puis, je m'interrogeai sur ce "hasard". En effet, à quelques jours d'intervalles, trouver deux objets tranchants, n'est pas banal. Fallait-il que j'y vois le signe de couper quelque chose, de trancher dans le vif ? J'étais perplexe. Je décidai d'attendre la rencontre avec le troisième objet qui de toute évidence m'apporterait l'explication. Mais, si jamais je trouve un petit boitier noir, que je l'ouvre, que j'appuie sur la commande On et que là, défile sous mes yeux le profil d'un truand, d'un voleur, ou pire d'un assassin, et que j'entende : Votre mission si vous l'acceptez ... Alors je dis Stop ! Ne comptez pas sur moi !
lundi 16 novembre 2009
Le lutin
Le matin dans le bois, je croise le lutin.Tous les matins, nous avons rendez-vous, il est fidèle.
Je le suis peut-être un peu moins, car tous les matins être là, n'est pas toujours possible pour moi.
Ce matin, j'ai vu le lutin.
Il n'est pas farouche et s'offre à tous les regards si on se laisse le voir.
Moi, je l'aime le lutin : bras en l'air et jambes solides, il se donne à qui veut le toucher.
J'aime le creux de sa peau. Je reconnais ses petits yeux plissés et ses oreilles immenses qui montent vers le ciel, tendues vers le murmure des anges.
Il m'appelle, les mains en échos autour de sa bouche.
Je le sais, il faut que le touche.
Mes doigts glissent aussi sur cette grande cicatrice, son ventre ouvert sur le côté gauche.
Je la reconnais cette déchirure, j'ai la même sur le côté droit.
La dernière
C'est promis, j'arrête ! C'est ma dernière !
Dernière tentative d'arrêter, dernier espoir d'y croire, j'arrête !
J'ai la volonté pour, je le sens.
Je n'ai jamais été aussi motivée.
C'est bien parti, cette fois cela va marcher.
Arrêter d'essayer d'arrêter de fumer, cela m'aurait bien tenté...
Mais je ne fume pas !
Je crois que je vais arrêter là.
dimanche 15 novembre 2009
Message personnel
Nouvel élanSurvolant
Les ans
Vivant que nous
Voulant la vie
Evoluant
Que ce tournant
Du nouvel an
Vous aille comme gant
Vive votre nouvel an !
Débarras !
J'avais tout préparer depuis longtemps, depuis près d'un an environ, en mettant de côté tout ce que je ne voulais plus voir traîner. Tous ces trucs, ces machins, ces jeux désormais dédaignés par les enfants, ces gadgets, ces cadeaux reçus mais pas aimés, ces objets sans objet, inutilisés ou jamais réparés, ces "on sait jamais, on s'en servira peut-être", ces "un jour, ça reviendra à la mode"...Voilà, tout était là dans les cartons, prêt pour la brocante. J'ai mis les cartons dans la voiture, j'avais préparé la thermos de thé, les en-cas salés et sucrés pour parer à toutes les envies et je suis partie pour une grande journée marathon. Je suis arrivée de bonne heure, d'autres avaient fait comme moi. Nous avions la possibilité d'approcher les voitures au plus près mais, la rue serait bientôt piétonne, il fallait faire vite. Je ne me sentais pas bien. J'avais froid et l'envie n'était pas là. J'ai déchargé mes cartons puis je suis allée garer la voiture plus loin. Je suis revenue pour agencer mon étal. En fait, je n'étais pas à l'aise de tout déballer ainsi. J'avais l'impression d'étaler ma vie, et celle des miens. Tous ces objets avaient vécu chez nous et j'imaginais qu'en les touchant, n'importe qui pouvait voir toute notre histoire. Je me suis assise pour souffler un peu. Mes yeux ont été happés par l'installation de mes voisins. Ceux de gauche étaient discrets, je ne les avais même pas entendu arriver. Telles deux petites fourmis, ils déplaçaient, arrangeaient, modifiaient, présentaient la marchandise sur son meilleur angle. Sans aucun doute, des habitués. Ceux de droite étaient joyeux, deux couples d'amis. Ils avaient décidé que cette journée serait avant tout festive, vu les provisions apportées. Peu à peu, je me suis laissée porter par le brouhaha qui s'éveillait et qui doucement, venait me bousculer. J'ai bu un peu de thé fumant, c'était bon. En fait, c'était bon d'être là. C'était bon de voir chacun s'affairer, de sentir cette vie me gagner peu à peu et venir me pétiller le corps. Je me sentais devenir enjouée. La tristesse et la nostalgie faisaient place à l'amusement, la curiosité et même l'appétence. Me prenait l'envie de tout vendre ! Je voulais revenir ce soir avec un coffre vide. Je me voyais déjà en train de réaménager tout l'espace gagné par ces cartons partis, je me sentais pousser des ailes d'aventurière ! Je devenais joyeuse et pleine d'enthousiasme. Au fil de la journée, mes trucs et mes machins se vendaient comme des petits pains. Les jouets vieux et usés trouvaient un nouveau compagnon, ils avaient fier allure en partant plein d'espoir pour de nouvelles aventures. Je n'étais plus triste, j'étais contente pour ces objets qui reprenaient vie dans d'autres mains. J'ai terminé en donnant les derniers : une petite lampe de chevet en pin sans abat-jour, quatre tasses à café avec leurs soucoupes, une soupière blanche sans couvercle et un chien en peluche avec une oreille décousue. Je n'avais plus rien. Tout était parti. J'étais fatiguée, mais heureuse et fière de moi. Mon ventre était vide, comme le coffre de ma voiture et j'avais une faim de loup !
samedi 14 novembre 2009
Fils de pub !
Il a bu sa boisson bleue énergétique, énergisante, éner je ne sais quoi, et tout énervé qu'il était, il a claqué la portière de sa Mégane noire. Lui même, tout de noir vêtu avec des publicités rouges et blanches dans le dos, sur les cuisses, la poitrine et les avant-bras, il est parti dans le bois.
Depuis je suis embêtée, deux questions me trottent la tête. Premièrement quand on boit un truc pareil bleu fluorescent, de quel couleur est l'urine ? Et deuxièmement quelle est la réaction des arbres, des arbustes, des écureuils et des oiseaux en voyant défiler toutes ces publicités ambulantes chaque samedi matin ? Entre nous, ils doivent bien rigoler !
Depuis je suis embêtée, deux questions me trottent la tête. Premièrement quand on boit un truc pareil bleu fluorescent, de quel couleur est l'urine ? Et deuxièmement quelle est la réaction des arbres, des arbustes, des écureuils et des oiseaux en voyant défiler toutes ces publicités ambulantes chaque samedi matin ? Entre nous, ils doivent bien rigoler !
vendredi 13 novembre 2009
La maison
La maison s'est écroulée. Il ne reste plus rien, peut-être un peu de poussière là sur le sol, mais tout le reste s'est envolé : le toit aux tuiles rouge, les murs, les fenêtres et même la porte d'entrée. C'est la dernière qui est partie en fumée. Plus personne ne pouvait rentrer ou sortir. Coincés à l'intérieur, ils étaient, coincés ils resteraient. Sans moi. J'étais partie me promener dans les champs. J'étais partie respirer l'air du frais, du nouveau, de l'espoir. J'étais partie depuis longtemps, ils ne s'en étaient même pas rendu compte, tant ils étaient occupés à l'intérieur, coincés entre eux.Avant la maison me faisait peur. Aujourd'hui, c'est fini. C'est fini, depuis que je suis partie seule, chercher des coquelicots dans les champs.
jeudi 12 novembre 2009
Rencontre en Brocéliande

V venue du néant
I irréelle
V valeureuse
I immaculée de vérité
A animée de sa foi
N nageant vers moi
E elle chante ma destinée
Lac de la fée Viviane
mercredi 11 novembre 2009
Permis de construire
C'est décidé, j'installe une éolienne dans mon jardin. Oui, j'ai la place ! J'ai mesuré entre le camélia et le bouleau, c'est possible. Avec mon éolienne, je solutionne de nombreux problèmes et en plus je réalise un rêve : habiter dans un phare ! L'éolienne mesurera au minimum 63 mètres de hauteur pour dépasser le phare de Dunkerque, le plus haut de France dans sa catégorie. Donc, 63 mètres plus une vingtaine de mètres pour les pales, c'est pas mal ! De ma nacelle, j'aurai une vue imprenable sur l'autoroute. Je pourrai suivre les marées de véhicules et relever les perturbations en tout genre : trafic, météo, turbulences... J'organiserai des visites guidées le week-end. L'été, j'installerai au pied du mat, un manège de chaises volantes qui sera alimenté en énergie automatiquement. Du producteur au consommateur, c'est ça la solution ! J'aménagerai la nacelle pour avoir un espace de vie agréable avec coin douillet et petit coin toilette pour les commodités car je n'ai pas l'intention de descendre à la moindre envie pressante. Je crois que j'ai bien fait le tour de la question.Vous m'enviez , Hein ? Je sais ! Ne vous inquiétez pas, je vous inviterai !
mardi 10 novembre 2009
Prends soin de toi !
Prends soin de toi !J'ai entendu cette phrase ce matin en marchant dès l'aube.
Prends soin de toi !
C'était susurré à mon oreille, délicatement.
Prends soin de toi !
J'ai entendu et j'ai vu le premier rayon du soleil traverser le ciel en repoussant les nuages, comme un enfant qui sort de son lit.
Prends soin de toi !
La lumière d'abord blanche et timide s'est affirmée au fil des secondes pour devenir la lumière chaude et dorée de l'automne.
Prends soin de toi aussi, mon amour, ai-je pensé !
Je ne peux pas connaître tes besoins à ta place, je ne peux pas être ton boire et ton manger, mais, toi :
Prends soin de toi, mon amour !
N'essaie pas de tout comprendre, mais laisse toi prendre par le mouvement de la vie.
Prends soin de toi, mon amour !
Hier n'existe plus, demain n'est pas encore là, alors reste au moment présent et vis cet instant.
Prends soin de toi !
lundi 9 novembre 2009
Toute ressemblance ...
Elle avait tissé sa toile de bonne heure ce matin, avait choisi l'endroit, s'était promenée un peu avant de se décider, avait attendu de sentir le vent pour vérifier l'orientation, avait remarqué le champ d'à côté qui ne manquerait pas d'attirer le chaland. Puis, elle s'était mise à l'ouvrage, du bel ouvrage, il faut reconnaître. Maintenant que tout était terminé, elle n'avait plus qu'à se reposer et attendre celui qui viendrait se prendre dans son piège. Elle prenait le temps de se faire belle en frottant ses filières les unes contre les autres. Elle savourait à l'avance, ne doutait pas de sa réussite, restait fière et superbe. Il viendrait, elle le savait. Il viendrait attiré par les parfums, attiré par ce quelque chose qui ne doit rien au hasard. Il viendrait, se perdre, se jeter, se noyer dans ses cordes et s'abandonner à son sort..
dimanche 8 novembre 2009
Inspirer la couleur
En ces temps qui peuvent paraître tristounets pour quelques uns, je vous propose une astuce : Inspirer la couleur !Cela peut être de façon subtile et délicate comme le jaune du petit poussin ou le vert tendre et croquant du brocolis. Vous pouvez opter aussi pour des fragrances plus capiteuses et plus enveloppantes comme les rouges savent si bien le faire. Ou bien, prenez les bleus ! Oui, inspirez les bleus à pleins poumons : le bleu du large, le bleu de l'aventure, le bleu du ciel infini, le bleu de la mer des caraïbes, le bleu de l'encre qui coule sur les doigts, le bleu du bleu de travail de mon grand-oncle, le bleu du faire-part de naissance du nouveau-né, le bleu de "la terre est bleue comme une orange" ! Orange, c'est pas mal non plus ! Inspirez la clémentine, l'orange et que cela chatouille vos papilles et vous fasse vibrer au rythme des épices du monde : safran, curry, colombo, muscade ... Inspirer et inspirer encore, sans oublier d'expirer toutes les vielles couleurs sans saveurs, sans éclats, tout ce qui traîne dans les tiroirs, tout ce qui, recouvert de poussière vous empêche de sentir l'éclat d'un blanc ou la profondeur d'un noir.
samedi 7 novembre 2009
Prendre Paris
vendredi 6 novembre 2009
Tes yeux
Tes yeux sont les plus beaux mandalas du monde.Tes yeux dans lesquels je me plonge pour tenter d'approcher l'indicible, le silence, l'invisible, le secret de ton âme.
Tes yeux que tantôt je croise, j'évite ou je guette, tandis qu'eux aussi, jouent avec les miens.
Tes yeux sont les plus beaux mandalas du monde.
Tes yeux de l'enfant joyeux, tes yeux de la femme heureuse et belle de vivre, tes yeux de l'adolescent impatient de voir le monde, tes yeux de l'homme libre.
Tes yeux sont les plus beaux mandalas du monde.
Toi que je ne rencontrerai peut-être jamais, toi qui vis de l'autre côté de la terre, de l'autre côté de la mer, de l'autre côté de la France, de l'autre côté de la ville,
Tes yeux sont les plus beaux mandalas du monde.
Micmacs
Déjà avec l'affiche, on s'attend à du Jeunet vrai de vrai : genre Amélie ou Delicatessen. Et on n'est pas déçu ! C'est bon comme de refaire pour la énième fois Le gâteau au chocolat. On connaît la recette par coeur, mais ça marche à tous les coups, la tribu se régale. C'est ce qui s'est passé avec Micmacs à tire-larigot. C'est bon, ça pétille de partout, ça explose de délire, de poésie, de joie enfantine, de tendresse, de fraternité. Vous en reprendrez bien une petite part ?
jeudi 5 novembre 2009
Dénonciation
Le Il faut est un personnage sévère, strict, rigoureux, sec. Mais c'est aussi un personnage extrêmement bien organisé, il sait mémoriser toutes mes petites erreurs (qui n'en sont pas du reste, ce sont des expériences !) et surtout, il sait me les rappeler au moment où je n'ai pas vraiment envie de l'entendre. Le Il faut est en fait, très malin : insidieusement, il vient se glisser la nuit entre deux sommeils pour me rappeler que j'aurai dû, qu'il aurait fallu que, que je dois et ... j'en passe. Alors, je le dessine, je le gribouille, je le pastiche et moi L'autre je, je rigole de le voir ainsi ! Je rigole tellement fort que je ne l'entends plus faire ses rappels à l'ordre, je rigole tellement fort qu'il devient aphone à force de crier dans mes oreilles. Je rigole tellement fort que le Il faut s'écroule d'épuisement, KO.
Rien de personnel
Au début, j'ai été surprise. Le film reprend la même scène. Le machiniste aurait-il eu un problème avec la bobine ? Mais, ce n'est pas exactement la même scène, quelques détails viennent changer la donne. Par trois fois, le film reprend depuis le début, et par trois fois, on découvre un nouvel univers de l'entreprise, on est bousculé car tout bascule ! Le système du "toujours plus" broie les hommes et les femmes de l'entreprise et les broyeurs se retrouvent aussi dans la tourmente. L'humour est là, cependant. Un humour décalé porté par l'homme de ménage. Fraîchement débarqué, il troque son vêtement de travail contre un costume noir, chemise blanche. Il porte beau. On croit qu'il est le Président. L'habit ne fait pas le moine, dit-on et pourtant dans notre société où tout est joué dès le premier regard...
mercredi 4 novembre 2009
De la veine !
- Il faut opérer ! - Mais non ! Moi je ne veux pas qu'on m'opère. - Mais si, voyons, soyez raisonnable, vous serez tellement mieux après ! - Mais, moi je l'aime cette veine ! - Oui, mais vous souffrez, vous me l'avez dit ! - En fait, pas tant que ça, et puis pas tout le temps, ça dépend des jours ! - Mais je vous assure que tout se passera bien, c'est un opération banale ! - Oui, mais c'est ma veine, et j'y tiens ! Et puis, docteur, il passera où le sang si on m'enlève ma veine ? - Ne vous inquiétez pas pour ça, la nature est bien faite, le sang passera par d'autres vaisseaux, allons soyez raisonnable ! - Je ne veux pas être raisonnable ! J'ai réfléchi : je l'aime ma veine ! Depuis le temps qu'on est ensemble, je me suis habituée, vous comprenez ! On a partagé tellement de choses. C'est sûr que parfois elle m'en fait voir, mais quand je danse et que je saute partout comme un cabri, je suis bien contente qu'elle irrigue mon mollet, ma cheville et mon pied ! Non, c'est tout réfléchi, je garde ma veine, j'en prendrai soin. Ce sera mon baromètre ! Quand j'aurai mal, je me mettrai en mode pause ! Oui, c'est une super idée, c'est génial ! Je vais passer un contrat avec ma veine, je vais lui promettre d'écouter ce qu'elle a à me dire. En échange, je marcherai pieds nus dans l'herbe fraîche du matin pour stimuler sa circulation, je masserai ma jambe avec un mélange d'huile de ma composition, je m'allongerai au sol et je ferai des moulinets avec mes pieds jusqu'à sentir l'invasion des petites fourmis, je terminerai ma douche avec un jet d'eau froide sur mes jambes... enfin pas tous les jours quand même, mais bon, promis ! j'essaie. Merci docteur, je suis bien contente de cet échange, un peu plus j'oubliais ma veine, j'allais m'en séparer comme on jette un vieux pull dans lequel on s'est frotté et qui a retenu tous nos souffles d'espoir, j'allais m'en séparer comme on jette un gribouillis de dessins d'enfants parce qu'on en a déjà plein les tiroirs et qu'on se dit que ce n'est pas grave, l'enfant ne s'en souviendra pas de ce dessin là, mais qui sait au fond ? Hein ? J'allais m'en séparer comme on jette une vieille casserole usée par des années de bons et loyaux services, une casserole qui n'est plus présentable mais qui mijote de délicieux plats ... Merci, merci Docteur ! Génial ! J'ai de la veine !
mardi 3 novembre 2009
Mon idole

Mon idole est une Castafiore ! Elle chante à tue-tête sans se soucier de la qualité de sa voix. Elle s'habille comme elle veut, c'est à dire certainement pas comme "il faudrait" : elle porte juste une longue jupe avec de grandes étoiles bleues, ce sont peut-être des étoiles de mer, ou alors les étoiles d'une galaxie encore inconnue. Ses cheveux bleutés tombent en cascade dans son dos, comme la belle diva du "5ème élément". Elle donne envie de venir jouer avec elle dans sa ronde, elle donne envie de chanter ou d'appeler pour être encore plus nombreux à vibrer sur le plaisir de vivre. Je vous présente ma Castafiore. Elle règne en prêtresse sur un territoire grand comme le rebord de la cheminée.
lundi 2 novembre 2009
Mon ami
Il y a bientôt quatre ans, j'ai fait une marche dans le désert tunisien. Je suis revenue avec un cahier de dessins et un journal que je viens de ressortir de ma boîte à histoires.
... Le geste était là, tout simplement. Lamin pétrissait sa pâte avec force et assurance. Il était agenouillé, la main gauche tenait la grande cuvette émaillée et la main droite pétrissait et pétrissait encore. Tout son corps suivait le mouvement si bien qu'on aurait pu croire qu'il priait. Il se balançait d'avant en arrière au rythme de sa main. Elle guidait son corps, elle faisait le pain. De temps en temps, Lamin versait un peu d'eau juste ce qu'il fallait. La boule prenait corps, elle se faisait dans sa main agile. C'était une grosse boule tendre, blanche et crémeuse dans sa main noire couverte de farine. Quand la boule fut formée, il la toucha, l'effleura pour sentir l'adhérence de la pâte. C'était prêt. Il mit le linge blanc sur la cuvette et s'affaira près du feu. Il y avait deux feux, un pour la cuisine et un pour le pain. Le feu du boulanger était à l'écart dans un endroit non souillé par nos pas, propre, plat. Le sol était recouvert de braise rouge avec des reflets argent. Lamin écarta doucement les braises à partir du centre pour faire un grand cercle dans le sable brûlant. Il nettoya cet espace méticuleusement. Chaque geste, chaque mouvement était gracieux. Il faisait le nid de son pain et il le préparait avec amour et respect. Lorsque l'espace fut propre à sa convenance, il déposa la galette d'un geste sur et précis. Puis, il la recouvrit de braise avec lenteur comme s'il répétait un rituel sacré. A deux endroits, il fit une petite cheminée de sable, juste un petit trou. Je compris par la suite que le pain serait cuit quand la vapeur s'échapperait de ces cheminées. Tout autour de Lamin, le repas se préparait. Ezzeddine, imperturbable s'affairait sans se presser ! Les légumes cuisaient, la viande cuisait et tout serait prêt, cuit à point lorsque nous nous installerions autour du feu. L'eau est sacrée et précieuse dans le désert. Dans la préparation des repas, la même eau avait plusieurs usages : lavage des légumes, lavage des mains, lavage des ustensiles. Tout cela dans un ordre bien précis avec une régularité et une synchronisation parfaite. Le temps s'arrêtait, je les regardais et j'entrais dans leur rythme.
Nous nous sommes installés autour du feu, l'un après l'autre, jusqu'à former un cercle.
J’ai quitté le désert comme on quitte un ami
Je l’ai embrassé de mes yeux
J’ai voulu prendre l’immensité de son regard au creux de mes mains
Des larmes de bonheur ont coulé sur mes joues
J’ai emporté dans mon cœur le souffle de sa caresse
J’ai quitté le désert comme on quitte un ami
Alors je reviendrai,
Inch Allah !
dimanche 1 novembre 2009
Bon appétit !
J'adore mettre une petite goutte de citron sur l'huître. Je vérifie son état de santé avant de la manger ! La bougresse, elle m'en a fait voir, j'ai eu toutes les misères du monde à les ouvrir ces deux douzaines ! Une douzaine chacun, je vous rassure ! Non, je ne mange pas tout, je partage la moitié avec ma moitié ! Je sais, c'est pas banal, c'est moi qui ouvre les huîtres ! J'ai une tactique, je leur parle avant ! Pas à voix haute ! Non, mais je leur dis combien je les aime, surtout quand elles sont les premières de la saison. C'est toujours comme ça : la première pêche, le premier radis, la première huître... j'ai un vrai coup de cœur pour ses retrouvailles. Je me dis : un an déjà ! comme le temps passe vite, mais comme il était bon d'être ainsi séparé pour mieux se retrouver et s'apprécier. C'est pour cela que j'aime toutes les saisons. Pour que l'été vienne, il faut que l'hiver soit passé par là, pour qu'il y ait la nuit, il faut le jour et inversement... Chaque temps, chaque moment apporte son lot de cadeaux. J'aime le temps de l'ennui, de la contemplation, du rien faire, car je sais que viendra ensuite le temps de la création, le temps du mouvement, de l'exaltation, de la goutte de citron sur l'huître.
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