
Cela faisait un moment qu'on roulait, nous venions de quitter Albert et sa départementale 929 et mon cher et tendre voulait voir l'aérodrome de Meaulte berceau des avions Potez, ça tombait bien, je voulais me dégourdir les jambes. Mais les avions et moi n'avons de contacts que lorsqu'ils sont nécessaires, alors j'envisageais juste de déposer mon cher et tendre et de m'en aller bien vite me promener ailleurs, car quand les pilotes se rencontrent il se racontent des histoires de pilotes et surtout des histoires d'avions. Je savourais la parenthèse de temps libre tout en me dirigeant vers le village ou le bourg, je n'en savais rien à près tout. A l'entrée, sous le panneau Meaulte était indiqué que la commune faisait partie de la Communauté de Communes du Pays du Coquelicot. Tout de suite, j'eus un élan de sympathie pour ce lieu qui m'inspirait déjà. Je garai ma voiture sur la place principale, là où il y a l'église, la mairie, le monument aux morts avec une liste impressionnante de noms (Le chemin des Dames n'est pas si loin !), la poste, une banque, un, non deux cafés, une boulangerie, un libraire-tabac-presse-loto, une petite épicerie tout cela répartis sur trois entrées de ruelles. J'allai vers un des cafés pour goûter à l'ambiance et aussi pour une escale technique. Au comptoir je pris un café auprès d'habitués, ils commentaient le journal Télé qui défilait au dessus du cafetier en train d'essuyer ses verres. Je saluai les personnes et ressorti, je voulais marcher. Je pris la première ruelle à droite, d'abord quelques maisons de briques, quelques jardins. Je suivais cette ruelle sinueuse en me disant que je ne pourrai pas me perdre pour revenir, je n'aurai qu'à faire le chemin en sens inverse. Je laissais mon regard aller d'une maison à l'autre, le vent était doux et la promenade agréable. Soudain je vis une boutique plus loin, je ne savais pas de quel commerce il s'agissait, j'ai pensé à un café, mais là, isolé de la place du village, je trouvai que le proprio avait bien du mérite. En m'approchant je vis une boutique de bric à brac et l'enseigne le soulignait fièrement : "La caverne d'Ali Baba". Rien que ça ! La maison avait deux fenêtres de chaque côté de la porte et sur les rebords des fenêtres était disposé un gentil bazar qui me donna envie de rentrer. C'est d'abord l'odeur qui me frappa : une forte odeur d'épices, je reconnus la cannelle, mais aussi l'anis étoilée... En franchissant la porte, une cloche avait carillonné, avertissant de ma présence. Je me faufilais silencieusement entre les objets de toutes sortes, là il y avait un meuble chinois, là une peau d'ours sur un tabouret, là un fauteuil crapaud, là et encore là, les objets étaient entassés et malgré tout, mis en valeur. Je m'approchai d'une table où trônait un dromadaire en bois, des livres, des objets de toutes sortes. Je laissais mon regard se promener et effleurais des doigts les objets quand mon regard fût attiré par une lampe à huile. Je la pris dans mes mains, elle épousait parfaitement la forme de mes paumes, elle brillait sous mes doigts. Elle était curieusement chaude et douce.
- Vous tenez là, la véritable lampe d'Aladin, prenez garde ! me dit une voix d'homme.
Je tournai ma tête brusquement, je n'avais pas entendu l'homme entrer, il était immense, habillé en tenue berbère, calme et détendu.
- C'est vrai ? dis-je, impressionnée plus par le personnage que par la lampe.
- Oui, c'est vrai, me dit-il. Mais le Génie qui vit à l'intérieur ne veut pas qu'on le dérange !
- Ah bon ! Il est peut-être fatigué ? dis-je bêtement pour tenter de calmer une poussée d'adrénaline qui m'envahissait.
- Oui, il est fatigué, parce que tout le monde veut le réveiller sans arrêt, tout le monde veut devenir riche.
- Et alors ? dis-je piquée par la curiosité.
- Et alors, il est fatigué et il a décidé de ne plus jamais exaucer ce vœux qui selon lui ne sert qu'à attiser la convoitise des uns et des autres.
- En fait, il est en retraite !dis-je avec déception et pour couper court à cette conversation surréaliste.
- Oui, en quelque sorte, mais il travaille encore un peu, enfin disons plutôt que c'est un loisir.
- Ah bon, et que fait-il ? mon enthousiasme s'était de nouveau réveillé et la perspective de voir une quelconque requête ou un vœux s'exaucer avait ravivé ma curiosité.
- Il fait pousser les coquelicots. Vous n'avez pas vu, c'est le Pays du Coquelicot ici !