lundi 24 janvier 2011

Kimtala rouda

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Sur une photo prêtée par Maïté
Venez découvrir ses éclats de mots !



la rivière devenait grosse
kimtala rouda
grosse comme la lune des deux mains réunies sur les doigts touchés
kéméné oza
grosse comme les femmes pleines des nuits d'été
ka touma dinouu
le désert blanc coulait de la montagne, bientôt, ils ne pourraient plus traverser la rivière, la rivière serait partout dans la plaine
roudida tatouna
les tribus préparaient le dernier repas avant les eaux montantes
ka tounta fé
les chefs célébraient ce temps de l'abandon. De chaque côté des rives ils se regardaient, ensemble ils griffèrent leurs cuisses pour faire couler le sang. Ensemble ils traversèrent la rivière pour se retrouver au milieu
Kitou mabina oh oh oh pako taaa
Les hommes se mirent à chanter tout en balançant leurs corps, les enfants les imitèrent et les femmes dansèrent
oh oh oh pako taaa !
au milieu de l'eau près de l'arbre sorcier, l'un face à l'autre les chefs regardèrent la tribu de l'autre pour constater les femmes grosses, les enfants joyeux et les hommes forts chasseurs et gardiens de la tribu. Ils se regardèrent ensuite si près qu'ensemble ils ont vu les étoiles dans les yeux de l'autre. Alors heureux, ils se frappèrent la poitrine en criant Ahh kouba !
oh oh oh pako taaa ! oh oh oh pako taaa !
les chants se mêlaient comme les eaux vives, bientôt l'arbre sorcier serait sous l'eau. Chacun regagna son camp. Les eaux montantes allaient séparer les tribus pour de longues nuits maintenant.
pipana pipana
Puis viendraient le renouveau, les naissances, la chasse, les feux quand le soleil s'étend longtemps, viendraient aussi les herbes tendres pour se coucher, les fruits au jus de miel, la danse pour célébrer le retour de l'arbre sorcier.
yékété madou!








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13 commentaires:

pagenas a dit…

Merci pour la traduction :DDD

Servanne a dit…

C'est magnifique ! j'adore ! et comme tu parles bien la langue ... !

Quelle forme ce matin Lautreje !

J'en bâille de rire !

Beau lundi ! et Cograte à toi !

brigetoun a dit…

est ce une traduction ou une paraphrase ? parce que dans le premier cas sa belle langue est aussi remarquablement concise

Le jardin d'aloès a dit…

Quelle belle histoire agrémentée d'une joli musique!

Castro a dit…

Enigmatique... Pagenas m'a soufflé la réplique, mais on peut s'amuser à traduire, exercice de style !
gballand

Lautreje a dit…

Je pratique régulièrement l'expression primitive, danse rythmée qui mobilise le corps et la voix, alors forcément cela laisse des empreintes...

Pastelle a dit…

Sourire...
Une belle harmonie entre image, musique et mots.

Gérard Méry a dit…

Une langue qui chante

Calusarus a dit…

C'est très joli. J'aime beaucoup

Maïté/ALiénor a dit…

Afin de faire écho à ce formidable texte et musique incantatoires,didgerodoo et bâton de pluie, j'ai envie d'inviter Mwéné Gabriel Okoundji et "L'âme blessée d'un éléphant noir
" Esprit du vent
toi qui souffles au-delà du temps et de l'horizon
toi qui connais l'éternelle éternité du visage lunaire
toi qui connais l'étreinte de l'air fidèle au génie des mondes illimités
toi qui connais la saison pluvieuse qui amène les grandes pluies
toi qui connais l'âme forte d'une forêt qui cache la douleur
par son propre nom
par sa propre faune
par sa propre flore
parle donc de ta parole unique une fois pour toutes
esprit du vent
accepte la bataille
de cette flamme qui brûle dans la brûlure
l'ombre est l'ombre
le destin est le destin
assez!"

Merci Lautreje pour cette histoire porteuse d'espoir.

Maïté/ALiénor a dit…

"L"arbre sorcier"

nous enchante au sens premier du terme.

jeandler a dit…

Superbe orchestration.
On ne peut que chanter et déjà le corps tout entier s'anime...

Lautreje a dit…

Merci à vous, à toi Maïté pour ce très beau poème de Mwéné Gabriel Okoundji.