Le corps courbé toute la journée sur l'atelier, penser à lâcher les épaules, pas de tension dans le cou, la moindre crispation est fatale. Le corps rond enroulé autour de la terre pour protéger la création, jouissance des mains qui accueillent le dôme en devenir. Mais souffrance des doigts, l'auriculaire épousé par la pierre lui laisse la peau, les ongles s'effeuillent pour ne devenir qu'une fine et molle gomme transparente, la main toute entière supplie pour une serviette, une huile nourrissante et réparatrice.
Je me souviens de cette formation, une semaine en été il y a quelques années. C'est mon corps qui s'en souvient le plus. Le bruit des tours, le silence de nos concentrations, l'odeur permanente de la terre humide. L'humilité d'apprendre des gestes ancestraux, la résignation devant tant d'effort à fournir pour trouver le geste simple et juste, la lassitude mais aussi la joie infinie d'avancer et de créer, sentiment de puissance d'avoir une fois dompter la matière, alors que peut-être est-ce elle qui généreusement se laisse faire par respect ou par compassion.
Je me souviens de cet apprentissage, alors que chemine une interrogation en moi. Ma créativité spontanée est instinctive et fulgurante. Je suis assez rapide dans mon expression quelque soit le matériau. Je ne cherche pas à maîtriser l'outil, cela ne m'intéresse pas. Peut-être par fainéantise, la maîtrise demande une application, un travail, une soumission pour enfin dominer. Je n'ai pas le temps non plus d'apprendre chaque art. Je touche la peinture, le modelage, le collage, le dessin sans culture ni maîtrise.
C'est sans doute un handicap car maîtriser l'outil permet de le dépasser pour jouer à l'infini.
C'est sans doute un atout car exprimer spontanément une émotion, une sensation, permet de lâcher la tension retenue et de passer à autre chose.
Je ne sais pas, je cherche.
C'est sans doute la question qui est intéressante,
peu importe la réponse.
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