Il faut que je te dise, parce que c'est là au fond de moi et que j'en peux plus d'avoir ce poids qui m'empêche de respirer, il étreint ma poitrine comme un étau, je vois mon père à l'établi et hop encore un coup de manivelle pour serrer encore plus fort. Ça remonte péniblement du ventre, circule difficilement entre mes côtes mais arrivé à la gorge, ça passe plus, il y a des boules qui coincent, il ne reste plus qu'un petit fil pour passer et pourtant j'ai ma pelote d'aiguilles là, prête à tout déballer, tout détricoter.
Bon je me lance, je me jette à l'eau : voilà faut que je te dise, je t'aime.
C'est dit !
En fait c'était pas si compliqué à dire. Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Plus je le dis, plus ma poitrine s'ouvre et s'aère. Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Oh comme c'est bon de sentir combien mon ventre peut enfin respirer, ma gorge se dénouer, les aiguilles? Quelles aiguilles ? Je vois un joli ruisseau qui se promène dans une clairière. Oui c'est pas plus compliqué que ça, je t'aime, je t'aime, je t'aime. Je t'aime comme la vache aime l'herbe, comme la cerise aime son gâteau, comme le trèfle aime ses quatre feuilles, comme le soleil aime la lune, je t'aime à l'infini plus loin encore, au bout du bout du bout. Là enfin, il y a un endroit où le son de ma voix touche et vibre. Je t'aime, t'aime, t'aime, ... rebondit et revient vers moi t'aime, t'aime, t'aime chante à mes oreilles, vibration de l'onde, douceur sur ma peau, abondance de lumière, harmonie du tout.
Instant présent
comme un présent
de la vie.
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